mercredi 27 mars 2013

Colca, le plus profond des canyons

Bonjour à toutes et tous,

Ce matin, je vais vous raconter la fabuleuse histoire de notre descente à l'oasis que je croyais inaccessible.

Lors de la préparation du voyage au Pérou, je fût fasciné par un carnet de voyage qui décrivait un lieu difficilement accessible depuis Arequipa : de nombreuses heures de bus en montagne et descente à pied dans le cañón de Colca sur plus de mille mètres, sous un soleil accablant. Je précise que nous ne sommes pas des sportifs. La vie y est plutôt hostile car pas d'électricité, ni d'eau chaude et le ravitaillement est compliqué. On imagine alors un train de vie vraiment pas comme les autres. Pourtant, le paysage est magnifique. Bercé par les chants des oiseaux et la rivière Colca, une vue à couper le souffle sur des montagnes imposantes. Pas de doute, cet endroit m'attirait comme un aimant.
Il ne me restait plus qu'à fouiller sur le web pour récupérer toutes les informations pratiques pour réaliser ce rêve assez fou, descendre dans un canyon, et pas n'importe lequel, Colca ayant une longueur de plus de 100 km et ayant un dénivelé de 3000 m à certains endroits (c'est au moins deux fois plus que celui du Colorado aux Etats-Unis).
Aussi, je devais convaincre Marta et savoir si nous pouvions physiquement le faire. Sur ce point, l'agence Pablo Tours, située à Arequipa, nous a rassurés et indiqué que si nous n'étions pas de nature à complications cardio-vasculaires, le périple était faisable et ce, sans guide, le chemin étant bien balisé.
Il y a peu de bus qui se dirigent là-bas, aussi, nous décidons d'y partir en van collectif avec d'autres touristes, qui incluait le passage à la Cruz del condor, un mirador en haute montage, d'où nous pouvons apprécier le vol des... condors!!

Le combi est venu nous chercher à l'hôtel à 3h30 du matin. Une dizaine de touristes étaient présents, dont un couple français. Cela fait du bien de communiquer dans une langue que je maitrise!
Arrivés à Chivay vers 7h40, avec une fin de nuit plutôt agitée par les virages, passages sur des ruisseaux qui coupent la route et tunnels creusés dans les montagnes sans être sécurisés, nous prenons le petit-déjeuner, accompagné pour ma part de mon maté de coca quotidien.
Une heure et demie après, nous admirions nos premiers condors. La musique des mystérieuses cités d'or me trottait dans la tête. Le vol d'un tel oiseau est fascinant. Leurs ailes déployées sous le vent offrent un sentiment de légèreté, liberté. À chaque passage, je laissais échapper un "wow", comme la centaine de touristes du monde entier venus voir ce spectacle.
Une heure après et les groupes lâchés à différents points de départ, Marta et moi étions seuls, à Cabanaconde, avec nos sacs à dos.
Après une courte ballade d'une demi-heure longeant des champs de papas (patates) et traversant des ruisseaux, nous voilà arrivés au bord de la montagne. Le point de vue est grandiose. Il est alors 10h15, 3288m d'altitude, le soleil tape déjà fort. Un français est là, nous explique qu'il est parti d'en bas depuis 7h ce matin et qu'il attend ses amis. Nous les croiserons rapidement sur le chemin. Ils sont bien fatigués mais ont l'air heureux et soulagés d'être arrivés au bout.
Le chemin est fait de pierre, d'une largeur d'un mètre et demi à trois mètres parfois. La flore est composée de plantes sauvages et cactus. Pas d'ombre à l'horizon. Plus bas, on voit le point d'arrivée, appelé Sangalle, surnommé l' "oasis". On voit aussi les piscines alimentées par l'eau de la rivière Colca. Parfois, on trouve sur les cailloux une indication avec une flèche et la mention au feutre "paraiso". C'est bon pour se donner du courage. En face de nous, des villages perchés, de la verdure, des sentiers et au très loin, le bout du volcan Coropuna, 6600 m, le plus haut de la région. Le long sentier traversant de part en part la montage devant moi, que j'évalue à 2800 m sera mon repère.
Les genoux prennent chers, on glisse souvent sur les petits cailloux et cherchont les plus gros, plus sûrs. La fatigue se fait vite sentir. Mon sac à dos pèse de plus en plus sur mes épaules. On croise plutôt rarement d'autres aventuriers. Un groupe de quatre françaises (décidément, on s'est donné rdv au même endroit) et leur guide nous dépassent. J'entends que nous sommes "presque" à la moitié,
Ah... La moitié??? Seulement... Cela faisait deux heures qu'on descendait. Marta craque une demi-heure après, on s'arrête plusieurs fois pour reprendre notre souffle et boire de l'eau.
L'idée de ce périple devient complètement absurde. Qu'est ce qu'on fait là? Va t'on atteindre notre destination? Nous n'arriverons jamais à remonter...
Au bout de plusieurs réflexions, on se dit que de toutes façons, il n'y a plus le choix, on démarre alors notre descente en enfer.
L'esprit ne répond plus, les prières se mêlent dans nos têtes, seul le corps continue des gestes mécaniques, au delà de ses limites. Et pourtant, la piscine est là, le bout du canyon nous appelle.
Un vrai panneau se pointe devant nous: à gauche, l'oasis sangalle; à droite, l'oasis paraiso. Notre seule indication était que nous logions dans un bungalow. On en voit des deux cotés... On décide de prendre à gauche. Le chemin se réduit, disparait même, on s'accroche comme on peut, sans réfléchir. Arrivé au dernier escalier de l'oasis, Marta déconnecte carrément mais a le réflexe de s'asseoir. Ouf! Nous sommes arrivés. Il est 14h17 et nous sommes à 2243 m. Le patron vient nous voir, nous demande de nous reposer mais ne trouve pas nos noms dans sa liste de réservations. Il fallait prendre à droite.
On réagit à peine. Quinze minutes plus tard, on repart donc à l'autre oasis. Les genoux sont morts, mais nous y voilà pour de vrai, Alleluia, alleluia, alleluia.

Deux couples espagnols se prélassent dans la piscine et Pablo était là, à la réception-bar, sous les palmiers. Pablo, la gentillesse incarnée. Un ange? Nous venons de rencontrer un ange? Il nous montre notre bungalow, sommaire, la douche commune (froide) et nous donne deux serviettes.
On reprend un peu nos esprits mais elle était là, elle ne nous lachait pas, cette évidence: nous n'arriverons jamais à remonter la montagne.
Puis en viennent d'autres, le plan est en marche: partons à 5h du matin, trouvons des bouts de bois en bambou et laissons les mules remonter nos sacs. Toutefois, ces solutions ne me rassuraient pas...

L'oasis impressionne mais coupe notre souffle. Nous sommes au milieu de montagnes et volcans, 1000 mètres plus bas que ce matin. C'est comme si on nous regardait de là-haut, ou plutôt que les montagnes elles-même nous dévisagent?
Impossible de se détendre.
L'endroit est trop incroyable.
Tellement qu'un tremblement de terre* vient interrompre notre diner chips-sandwich-coca. Pablo regarde alors si des cailloux dévalent les pentes, on suit derrière. Pas de dégât à priori. L'évidence prend encore plus d'ampleur, nous n'arriverons jamais en haut.
Le soleil se couche, le ciel est magnifique, avec sa lune et ses étoiles très lumineuses.
Récapitulatif, Pablo nous a procuré ce qu'il nous manquait, bâtons, mules, eau. Merci! On se couche, tôt, 19h35, pour se reposer. On positive un peu. On va le faire. Sans sac, sans le soleil rageant, on va le faire.

5h45, on commence à grimper, le moral est bon. La montée est plus simple que la descente grâce aux nouvelles conditions.
Afin de nous encourager, je chantonne quelques airs qui ont le don de pousser à la concentration. C'est ainsi que Marta lance du Mariah Carey à fond dans le haut parleur de l'iphone. On comprend alors pourquoi les péruviens montent et descendent en écoutant de la musique à l'aide d'une petite radio à piles. Marta est devant, moi derrière. On marche très bien de cette manière. Nous croisons des mules qui remontent la montagne avec nos sacs ainsi que les 4 françaises sur leurs dos car elles n'avaient pas le courage de remonter à pied. Victoire pour Marta qui n'avait pas aimé avoir été dépassée. Le moral est à cent pour cent. Je prends le temps de prendre des photos avec mon iphone, le reflex étant avec mon amie la mule. Aussi, nous arrivons rapidement au coin d'ombre marquant le milieu du parcours.
Trois albums passés, le soleil se pointe. Il est 9h et il fait chaud. À la fin du quatrième album, il est là.
Le mirador de départ est atteint. On crie de joie, on s'enlace. Nous sommes arrivés au bout. Quatre heures de montée, autant que la descente.
Un couple allemand réussit également le périple puis un jeune couple de français, Lucile et Pierre, avec qui nous partagerons le desayuno (petit déjeuner) et que nous recroiserons même à Cusco.

On réalise tout juste la force qui nous a unis et qui nous permettra sûrement de traverser des épreuves similaires. Heureux et fiers de nous, avec Pablo toujours en tête, lui aussi va nous rester en mémoire.

Nous récupérons nos sacs à l' "hostal valle del fuego", prenons le petit dej et marchons tranquillement dans le centre de la petite ville qu'est Cabanaconde. Le bus part à 14h. Nous avons le temps de faire une prière à la cathédrale puis de nous poser dans la rue, à l'ombre. Un chat miaule au loin, on l'appelle. Sa maitresse, Ruth, sort alors de sa boutique et demande naturellement à Marta si elle veut le prendre. Les deux femmes vont discuter et échanger sur la vie au Pérou pendant un bon bout de temps. De mon coté, des enfants jouent au ballon. Je les rejoins naturellement. Nous échangeons des passes en pleine rue descendante ainsi que des "give me five". Ça y est, je suis détendu, content, le rêve insensé est exaucé. Nous prenons un bon repas à 5 soles (à peine 2€) composé d'une soupe au quinoa et d'une assiette riz/papas/boeuf puis partons de ce lieu enchanteur. Nous prenons place au final à bord d'un car bondé de péruviens, qui monteront et descendront à plusieurs arrêts jusqu'à Chivay. On distinguera alors en route le canyon, inhabité, de la vallée, habitée et composée de champs de papas en terrasse.

* on a su après qu'il fût mesuré 4.2 à l'échelle de Richter et dû à une reprise d'activité du volcan Sabancaya (plus de 1000 mètres de fumée)

David & Marta











































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